ABC Compétences

30 mars 2014

Comment construisons-nous notre réalité ?

CC - A. van de Rieth
Nous avons beau avoir l'impression que la réalité qui nous entoure forme un tout solide et objectif, avec lequel nous interagissons en toute objectivité, nous nous livrons en fait en permanence à une interprétation subjective de cette réalité, sous la forme d'un modèle interne, à partir duquel nous agissons... en toute subjectivité ! Etre conscient des étapes de ce processus peut nous permettre de nous rapprocher (un peu) d'une certaine forme d'objectivité.




La construction de la réalité : quelles étapes ?


Nous accédons à la réalité qui nous entoure à travers la perception sensorielle que nous en avons : nos cinq sens. Cependant, nous ne percevons consciemment qu'une infime partie de la masse d'informations qui alimentent en permanence nos organes sensoriels : nous effectuons un filtrage, nous sommes attentifs à certains stimuli plutôt qu'à d'autres, nous accordons davantage d'importance à telle ou telle information. Même en l'absence d'un quelconque tri de notre part, nous ne sommes physiologiquement capables de percevoir qu'une infime partie du spectre sonore, olfactif ou lumineux : certains espèces animales sont capables d'entendre les ultrasons, de percevoir la lumière ultraviolette, voire de détecter la polarisation de la lumière ou la direction du champ magnétique terrestre.

A partir de ce que nous percevons, nous nous livrons à une interprétation de la situation. Nous assignons une signification à cet ensemble de perceptions. Notre interprétation est nécessairement biaisée par notre vision du monde (par exemple, pensons-nous avoir affaire à un univers amical ou hostile), nos croyances, nos valeurs, nos besoins, nos désirs. En élaborant cette interprétation, nous bâtissons des scénarios : quel est l'enchainement d'événements qui a conduit à cette situation, et comment peut-elle évoluer ?

CC - Stevie Brown


Cette vision de la situation, et de ses tenants et aboutissants, suscite en nous certains ressentis : joie, tristesse, peur, espoir, colère... Là encore, nos valeurs, nos besoins et nos désirs influencent largement nos ressentis et nos émotions. Sur la base de ce que nous ressentons, nous allons alors prendre une ou plusieurs décisions sur la conduite à tenir et les actions à entreprendre, ou bien au contraire renoncer à agir.

Nos choix ont bien entendu des conséquences sur la manière dont une situation donnée évolue : nous observons la suite des événements (à travers nos filtres), nous livrons à une nouvelle interprétation, ce qui suscite de nouvelles émotions en nous, et nous amène à effectuer de nouveaux choix d'action (ou de non-action), et ainsi de suite...

Un exemple


Ce matin, en arrivant au bureau, Sandrine a croisé son supérieur hiérarchique. Elle avait quelques minutes de retard à cause d'un problème de transports en commun. Elle lui a dit bonjour, et il ne lui a pas répondu. Il ne lui a pas jeté un regard, et il avait les sourcils froncés.

Sandrine se dit qu'il était contrarié parce qu'il l'avait cherchée plus tôt, alors qu'elle n'était pas encore arrivée. Il n'a pas répondu à son salut, et d'ailleurs il avait l'air en colère (sourcils froncés). Il est donc clair qu'il lui en veut. Elle en ressent de l'inquiétude, et se demande si elle doit désormais l'éviter ou  au contraire essayer de se faire bien voir en prenant des initiatives supplémentaires dans son travail.


CC - André Analog Photography
A chaque étape de cette interaction, Sandrine a construit son propre modèle de la réalité : à partir de ce qu'elle a observé et entendu, elle a déduit que son chef lui en voulait, ce qui l'a inquiétée, et elle cherché comment réagir à la colère de son chef. Pourtant, si elle avait vu qu'il tenait son téléphone portable à la main, elle aurait pu imaginer un scénario très différent : il venait de recevoir un coup de fil qui le préoccupait, et il n'avait tout simplement pas remarqué que Sandrine lui avait dit bonjour, et encore moins qu'elle avait quelques minutes de retard...

Des stratégies pour l'objectivité


Sans prétendre à vouloir atteindre une parfaite objectivité, on peut se poser quelques questions
supplémentaires à chaque étape : 
  • qu'est-ce que je peux percevoir (voir, entendre...) d'autre ?
    CC - Luke Peterson
  • qu'est-ce que je peux comprendre (interpréter) d'autre ?
  • qu'est-ce que je peux ressentir (émotions) d'autre ?
  • qu'est-ce que je peux décider (action) d'autre ?
Il s'agit ainsi d'élargir le champ des possibles, en examinant la situation sous des angles variés, et en s'observant en train de réfléchir et de décider. C'est-à-dire en développant sa capacité réflexive.


Auteur : Lionel Ancelet - Consultant Associé
Photos : source flickr.com - licence Creative Commons

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